À la découverte du maraîchage bio et de l’élevage bovin avec Christophe Guénon

À la découverte du maraîchage bio et de l’élevage bovin avec Christophe Guénon À la découverte du maraîchage bio et de l’élevage bovin avec Christophe Guénon À la découverte du maraîchage bio et de l’élevage bovin avec Christophe Guénon 21 mars 2019
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YouCook À la découverte du maraîchage bio et de l'élevage bovin avec Christophe Guénon

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Après avoir fait un tour dans le monde du vin, l'équipe YouCook a repris la route avec ses caméras pour un nouveau reportage agricole. Cette fois-ci, nous rencontrons Christophe GUÉNON, maraîcher bio et éleveur de vaches bordelaises.

Paysan engagé

Christophe a 30 ans, il est agriculteur à Léognan, dans la ferme du domaine de Bagatelle. Il aime préciser qu’il n’est pas « exploitant agricole », un terme qui renvoie à l’exploitation de quelque chose ou de quelqu’un. Exploitation de la terre ? Des animaux ? Non, ce n’est décidément pas fait pour lui. Christophe est paysan, il entretient le sol, cultive la terre, élève ses animaux.

Pour mener à bien ces deux activités, il dispose de :

  • 2000 m2 de serres
  • 6000 m2 de plein champ
  • Plus de 55 hectares de prairies pour les vaches

Dans ce système de « polyculture-élevage », tout est lié : le fumier des bêtes est utilisé comme engrais sur les cultures de légumes. Une pratique pleine de bon sens, bien qu’elle ne soit plus la norme en France. Il faut savoir qu’à la suite de la seconde guerre mondiale, le modèle agricole a commencé à muter. Les exploitations se sont spécialisées et il y a eu une séparation géographique des différentes productions (élevage, maraîchage, céréales, etc.). Dans ces exploitations spécialisées, le cycle naturel a été brisé. En élevage par exemple, les déjections des animaux, qui ont toujours constitué un engrais précieux, sont devenues des déchets. Aujourd’hui, l’agriculture commence à revenir vers la diversification pour des questions environnementales.

Christophe fait partie de ces paysans engagés qui défendent et valorisent un mode de production ancestral imitant la nature.

Le maraîchage bio

Nous sommes accueillis devant les serres où poussent des blettes, des épinards, des salades, des choux chinois, des betteraves ainsi que les dernières tomates, courgettes et aubergines. Nous sommes mi-octobre, mais le climat est anormalement doux, ce qui explique qu’il reste encore quelques légumes d’été.

Fou rire au milieu des blettes

En déambulant au milieu de légumes, Christophe nous explique pourquoi il a choisi l’agriculture biologique.

Pour moi, il était hors de question de toucher des produits chimiques, de choper un cancer ou d’être malade. […] Je n’avais pas envie de mettre de la merde dans le sol. […] J’ai également fait ça pour le consommateur.

C’est ainsi qu’il s’est labellisé en bio. Pour aller plus loin, il a également fait faire des analyses de sols pour vérifier qu’il ne restait plus aucun résidu de produit chimique dans son exploitation.

En France, le cahier des charges bio est assez strict. Il interdit l’utilisation d’OGM, de produits chimiques et d’engrais minéraux. De plus, il impose l’utilisation de techniques agricoles qui préservent le sol, la biodiversité et l’environnement. Les agriculteurs sont contrôlés tous les ans par un organisme certificateur qui effectue des prélèvements. Il y a aussi régulièrement des « contrôles surprises » de l’État.

Une question nous taraude : comment lutter efficacement contre les maladies et les insectes sans produits chimiques ? Christophe nous apprend qu’il fait de la lutte intégrée. C’est un ensemble de méthodes de lutte (biologique, culturale, physique) qui permet de limiter ou supprimer l’utilisation des produits chimiques.

Ne paniquez pas, on va vous donner quelques définitions et des exemples concrets :

  • Lutte biologique : utilisation d’organismes vivants pour prévenir ou réduire les dégâts causés par les ravageurs.

Par exemple, Christophe utilise des larves de coccinelles qui, une fois adultes, vont manger les pucerons. Il utilise également des macrolophus (une sorte de punaise) pour lutter contre les aleurodes (une mouche blanche qui dévore les tomates et les aubergines).

  • Lutte physique : utilisation d’outils ou de matériaux pour lutter directement contre le développement des ravageurs.

Ici, il s’agit par exemple des petites bandes collantes sur lesquelles viennent se poser les insectes, comme sur l’image ci-dessous.

On parle aussi de lutte physique quand Christophe utilise un mélange de savon noir (produit naturel et biodégradable) et d’eau qu’il asperge sur les feuilles de ses légumes. Les insectes vont rester collés à cause de ce mélange et mourir.

  • Lutte culturale : lutte contre les prédateurs grâce à des méthodes de culture adaptées.

Dans cette catégorie, on retrouve notamment la gestion de l’ouverture/fermeture des serres pour contrôler l’humidité, mais aussi la couverture des sols (comme les bâches noires, végétales et biodégradables, que vous voyez dans la vidéo) ou encore l’espacement des plans sous la serre.

Visite matinale au marché des Capucins (Bordeaux)

Pendant notre visite, on questionne également Christophe sur ses circuits de vente. Où peut-on acheter ses beaux légumes, bio, locaux et de saison ?

Notre maraîcher travaille avec l’AMAP de Léognan. Il distribue tous les 15 jours, en vente directe, un panier d’environ 6 légumes de saison aux adhérents. Quant au surplus de légumes, il l’écoule aux Capucins, marché couvert emblématique du centre ville de Bordeaux.

Grâce à Marc, qui a longtemps été cuisinier au Quatrième Mur, on sait aussi que les légumes de Christophe sont utilisés par le chef Etchebest pour sa table d’hôte (gastronomique et étoilée au Michelin).

Sauvegarde d’une race locale

Après avoir passé une bonne partie de la matinée aux serres, à boire les paroles de notre hôte, nous reprenons la voiture pour nous rendre dans les pâturages où broutent paisiblement les vaches.

Christophe est fils et petit fils d’éleveur. Il a choisit de faire du maraîchage son activité principale, mais n’a pas laissé tomber l’histoire familiale pour autant.

Au côté du Conservatoire des races d’Aquitaine, il s’est lancé dans la sauvegarde de la race Bordelaise.

Guide de reconnaissance de la vache Bordelaise

Considérée comme une des meilleures races laitières en 1890, la bordelaise a ensuite été concurrencée par les vaches industrielles. Alors qu’on la pensait totalement disparue en 1960, quelques spécimens sont retrouvés 30 ans plus tard. Depuis, le Conservatoire et plusieurs éleveurs se sont lancés dans une mission de sauvetage.

Les vaches sont très curieuses et apprécient les grattouilles

Pourquoi sauver une race rustique locale ? Parce qu’elle fait partie de la biodiversité d’un pays. Derrière le mot « rustique », il y a aussi une notion de résistance. Ce sont des races adaptées à des conditions difficiles.

Partout s’imposent les « races améliorées » hyper-productives pour répondre à la demande croissante de la population. En France, une seule race représente 60% des laitières, la Prim’Holstein. Aujourd’hui, on ne dénombre plus que 40 races bovines en France, sur les 80 d’après guerre (vous avez plus d’infos dans ce très bon article). L’activité de Christophe permet d’éviter à tout ce patrimoine génétique de disparaître et de lutter contre la sélection et le productivisme à outrance.

Mais alors…comment fait-on pour réintroduire une race ? Pour Christophe, ça a commencé il y a 5 ans, avec un taureau et deux génisses. Ils les fait se reproduire et conserve les femelles. Les mâles intéressants génétiquement sont envoyés dans d’autres élevages, pour éviter la consanguinité. Ceux qui ne présentent pas d’intérêt pour la sauvegarde de la race sont tout simplement valorisés en viande après le sevrage (au bout de 7 mois environ).

Aujourd’hui, si on veut préserver une race en voie d’extinction, […] c’est aussi en la remettant dans l’assiette du consommateur.

Veau aux légumes, plat signature de Marc DERUSSIT

Après 5 ans, il est aujourd’hui à la tête d’un beau troupeau de 30 bordelaises aux noms variés : Isis, Fabiola, Jonquille, Oréo, Surprise, Ouragan, etc.

Pour conclure notre visite, on décide d’aborder un point sensible : l’abattage. Forcément, c’est un moment difficile pour l’éleveur aussi, surtout dans des petits élevages traditionnels, paysans et engagés comme celui-ci.

Un veau, on l’a fait naître, on s’en est occupé, on la grattouillé, on lui a donné un prénom. Même on sait qu’on ne va pas le garder, on s’en occupe autant que les autres. […] Au moins toute la vie qu’il a eu, il était heureux, dans un endroit sain et naturel.

En vente directe, l’éleveur ne passe pas par un transporteur, il ne charge pas froidement les veaux dans un camion. Christophe emmène lui-même ses bêtes à l’abattoir, les décharges et signe les papiers. Il revient ensuite la semaine suivante récupérer les colis de viande.

Moi, j’ai une philosophie. C’est que pour pouvoir sauvegarder la race, nourrir le troupeau, payer les charges, les frais de tracteur, le foin, on fait un sacrifice de X veaux à l’année.

Regardez le docu